Appel à com’ : Savoirs experts – Savoirs profanes

L’association en Sciences de l’Information et de la Communication Alec-SIC organise une journée d’étude interdisciplinaire le 18 janvier 2018.

Cette journée d’étude vise à interroger les interactions et les oppositions dans la mobilisation de connaissances théoriques et pratiques. Fin XIXe et début XXe siècle, le courant positiviste implique une très forte validation de la figure du savant déployant une connaissance théorique solide, au détriment de la figure de l’usager, le « profane » aux connaissances pragmatiques (Jeanneret, 2011). A partir de la seconde moitié du XXe siècle, ce modèle est progressivement remis en cause (Lochard, Simonet, 2010). Les associations de lutte contre le VIH redessinent notamment le rapport soignant/soigné. Il serait intéressant de s’interroger sur une remise en cause de la figure de l’expert qui se trouve ébranlée par les critiques dont elle fait l’objet. Des discours alternatifs portés par des personnes qui étaient jusque-là exclues ou mises à distance de l’espace public raisonné trouvent un écho nouveau (Bourdieu, 2001).

Ces critiques vis à vis de la prérogative des discours considérés comme légitimes (politiques, journalistiques, scientifiques…) engendrent la production d’analyses contradictoires autour desquelles des individus peuvent se constituer en groupes d’intérêt. Ils agissent en fonction d’un répertoire d’actions qui intègre des outils et des pratiques convoqués par la figure de l’expert. À titre d’exemple, des domaines comme ceux de l’environnement (réchauffement climatique, pollution, nucléaire…), de la santé publique (amiante, cancers, transidentités…), des politiques urbaines (projets d’aménagement urbains, médiations urbaines…) voient se développer des espaces de conflictualité entre parole institutionnelle et parole collective « alternative ». D’autres domaines tels que le journalisme sont aujourd’hui bousculés par l’émergence de discours produits par des usagers qui reprennent les formes et les pratiques journalistiques et participent à nourrir le débat public (journalisme citoyen, « fact checking »…). De nombreuses associations proposent par exemple, parallèlement à leur activité principale, un étayage juridique ou des rapports d’expérience en vue de guider leurs membres dans leurs démarches et d’organiser une défense collective. En d’autres termes, des individus aussi bien que des collectifs peuvent s’emparer de la figure de l’expert.

En outre, l’émergence de technologies de l’information et de la communication numérique, en particulier d’Internet, offre des possibilités actancielles nouvelles : la recherche, la production et la circulation des savoirs ne dépendent plus de groupes restreints et localisés. Elles favorisent également l’accès à un savoir plus réactif et plus riche, multipliant ainsi les espaces publics (réseaux sociaux, sites d’hébergement de contenus…). Leur arrivée semble directement participer à la modification de l’ordre du discours (Foucault, 1971) et ouvre la possibilité à des personnes dites profanes d’avoir accès à des savoirs académiques et de produire des énoncés reconnus comme légitimes sur une question donnée.

Plutôt que de penser les savoirs profanes et experts dans leur opposition, il semble plus fécond de penser leur continuité, leur interdépendance ainsi que leur hybridation : des individus se saisissent des savoirs académiques, se les approprient et produisent également des savoirs, fondés sur l’analyse de leur expérience pour devenir des « experts profanes » (Grimaldi, 2010).

Axes de travail 

– Nouvelles logiques d’action publique : « co-production », concertation urbaine, participation citoyenne

– Acquisition de savoirs théoriques et analyse d’expériences personnelles

– Dispositifs techniques, réseaux sociaux et légitimité des discours

– Vulgarisation, pédagogie, médiation, circulation des savoirs

– Émergence de mémoires alternatives

– Conflictualités/controverses dans l’espace public

Les jeunes chercheurs/chercheuses souhaitant participer à cette journée d’étude quelle que soit leur discipline, peuvent envoyer leur proposition de communication avant le 29 octobre à l’adresse suivante : contact@alecsic.org

Le résumé n’excédera pas les 5000 signes (espaces compris) en Times New Roman 12. L’auteur précisera son nom, le titre de sa thèse, son statut et son rattachement institutionnel. La sélection se fera fin novembre. Les personnes retenues seront informées par e-mail de leur participation.

Les étudiants/étudiantes en Master 2 qui le souhaitent peuvent, avec l’accord de leur directeur/directrice de mémoire, présenter leurs travaux sous la forme d’un poster. La présentation portera sur le terrain, la méthodologie d’enquête ou le cadre théorique. Le contenu du poster sera exposé dans un seul document comportant un résumé de 150 mots et un plan détaillé (titre – sous-titre – maximum 5 lignes d’explications par sous-titre).

L’appel à communication est téléchargeable au lien suivant.

Bibliographie indicative

BOURDIEU P., Langages et pouvoir symbolique, Éditions du Seuil, Paris, 2001.

BOURE R. & BOUSQUET F., « La construction polyphonique des pétitions en ligne. Le cas des appels contre le débat sur l’identité nationale », Questions de communication, PUN, n° 20, 2011.

CALLON M., LASCOUMES P. & BARTHE Y., Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique, Paris, Le Seuil, 2001.

CASTEL R., « Savoirs d’expertise et production de normes », in CHAZEL F., & COMMAILLE J., (éd.), Normes juridiques et régulation sociale. Paris, LGDJ (Droit et société), 1991, p. 177-188.

CHATEAURAYNAUD F. & TORNY D. Les sombres précurseurs : une sociologie pragmatique de l’alerte et du risque, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Humaines et Sociales, Paris, 1999.

DAHLGREEN P., Media and Political Engagement. Citizens, Communication and Democracy, CUP, 2009.

FLICHY P., Le sacre des amateurs, Éditions du Seuil, coll. La République des idées, 2010.

FOUCAULT M., Dits et Écrits, t. II, Gallimard, Paris, 1995.

FOUCAULT M., L’ordre du discours, Gallimard, Paris, 1971.

FROMENTIN T. & WOJCIK S., Le profane en politique. Compétences et engagements du citoyen, L’Harmattan, Paris, 2008.

GRIMALDI, A., « Les différents habits de l’ « expert profane » », in Les tribunes de la santé, 2(27), 2010, p. 91-100.

HAMMAN P., MÉON J.-M.,VERRIER B. (dir.), Discours savants, discours militants : mélange des genres, L’Harmattan, Paris, 2002.

JEANNERET Y., Y-a-t-il (vraiment) des technologies de l’information ? 3ème édition, Villeneuve d’Ascq, Septentrion, 2011.

LOCHARD Y. & SIMONET M., L’Expert associatif, le savant et le politique, Syllepse, Paris, 2003.

LOCHARD Y. & SIMONET M., « Les experts associatifs, entre savoirs profanes, militants et professionnels », in DEMAZIERE D. & GADEA C., Sociologie des groupes professionnels, La Découverte « Recherches », 2010, p. 274-284.

PAYET, J.-P., GIULANI, F. & LAFORGUE, D, La voix des acteurs faibles. De l’indignité à la reconnaissance, Presses universitaires de Rennes, 2008.

RABEHORISOA & V., CALLON M., « L’engagement des associations de malades dans la recherche », in Revue internationale des sciences sociales, 1(171), 2002, p. 65-73.